Benon. « Ce ne sont pas des démissionnaires mais plutôt des déserteurs ! « 

Après la démission de 12 élus de son Conseil municipal, le maire de Benon, Thierry Rambaud, a souhaité éclaircir la situation dans ce contexte particulier et répondre à ceux qu’il appelle « les déserteurs ».

Le maire Thierry Rambaud présentera une nouvelle liste aux prochaines élections municipales. ( ©AntoineColin)

La mairie de Benon traverse une période mouvementée. Le 29 juin dernier, lors du dernier Conseil municipal, 12 élus de la majorité ont décidé de démissionner de leur fonction d’adjoint ou de conseiller. Ils reprochent au maire un manque de concertation et de transparence.

Depuis, chacun campe sur ses positions. Pour Thierry Rambaud, les démissionnaires sont des « déserteurs ». Selon lui, ils avaient « une méconnaissance totale du statut de l’élu, des droits, devoirs et obligations de chacun. Une bonne part d’entre eux n’était pas prête à devenir conseiller municipal, ils manquaient d’expérience ».

« Une mésentente fondamentale »

Comme ils l’avaient laissé entrevoir quelques jours auparavant, la majeure partie des conseillers municipaux de Benon ont décidé de démissionner pour protester contre les méthodes de travail du maire Thierry Rambaud.

Comme le prévoit la réglementation, les deux adjointes démissionnaires ont adressé leur courrier recommandé à la préfecture de Charente-Maritime et les dix conseillers municipaux de la majorité au maire de la commune.

Résultat, les 12 départs au total, sur les 20 élus du Conseil municipal, conduisent la préfecture à organiser de nouvelles élections municipales dans les semaines qui viennent. Toutefois, de leur côté, les trois conseillers de la liste d’opposition ont décidé de rester.

Pour le maire, cette confiance de l’opposition est une preuve de son implication et du manque d’expérience des démissionnaires.

Il y a eu 12 démissions, mais je pense avoir été fragilisé, et non désavoué, de plus, j’aimerais plutôt parler de 12 désertions. Néanmoins, nous restons à 8 élus en action. Un désaveu, ça aurait été une démission totale de mon équipe municipale et quand je vois que les trois élus de l’opposition veulent travailler avec moi, c’est un pur bonheur ! On travaille main dans la main dans une bonne ambiance, il n’y a pas de conflit et c’est très bien comme cela… », explique Thierry Rambaud.

En revanche, si la position du maire a été fragilisée, Thierry Rambaud pointe du doigt l’attitude de son ex-troisième adjointe, dont il avait récemment retiré ses délégations.

On me reproche de ne pas avoir respecté la volonté d’une politique participative. Pourtant, mon ex-troisième adjoint a géré la bibliothèque de façon autonome et personnelle sans me faire part de quoi que ce soit, je n’ai absolument aucune information sur le mode de fonctionnement de la gestion de la bibliothèque. Par exemple, l’agente bibliothécaire a été recrutée par mon ex-troisième et première adjointe sans être au courant de ce recrutement. C’est même moi qui suis allé me présenter à cette dame, c’est quand même curieux ! » s’interroge le maire sortant.

Une « mésentente fondamentale » s’est alors installée au sein de la mairie conduisant ainsi à une rupture dans l’échange. « Effectivement, il y a eu une rupture dans les échanges parce que mon ex-troisième adjointe a toujours voulu tout régenter sans en assumer les responsabilités. »

Du temps de mon prédécesseur, mon ex-troisième adjointe était première adjointe avec une délégation finance. Quand j’ai été élu maire de Benon, à la quasi-unanimité de mon équipe puisqu’il me manquait une seule voix, j’ai levé le doigt pour être maire parce que personne au sein de mon équipe ne voulait y aller, donc j’ai été élu, et Madame Teixido n’a pas voulu rester première adjointe et voulait simplement être troisième. Encore une fois, cela prouve qu’elle voulait régenter sans en assumer les responsabilités », dénonce l’élu.

Toujours selon Thierry Rambaud, Sonia Teixido aurait eu peur d’affronter ses responsabilités en passant de première à troisième adjoint. « Un signal bizarre envoyé à la population » qui aurait davantage entaché les relations entre les conseillers municipaux et le maire.

Ainsi, le maire reproche à ses deux adjointes d’avoir construit une deuxième mairie au sein de la mairie, soit une deuxième force d’opposition à la politique menée par Thierry Rambaud qui aurait complètement fragilisé les rapports entre les élus et sa position de maire.

« Une raison d’égo, d’orgueil »

Ce contexte est la preuve qu’un maire ne fait pas toujours l’unanimité au sein de sa commune. Thierry Rambaud vient d’en faire l’amère expérience, et ce, de façon directe. Pour autant, même s’il a été mis au ban de la majorité, il s’agrippe à son fauteuil de maire et rappelle dans quel contexte il a pris l’écharpe de maire.

Je suis toujours dans la politique qu’on avait définie avec Alain Traiton, je rappelle que c’est moi qui aie monté la liste, je n’ai pas voulu me mettre tête de liste de par mon activité qui ne me permettait pas de trouver assez de temps libre pour gérer les affaires communales. Aujourd’hui, je me suis organisé, je dégage un jour par semaine sur mon temps de travail sans parler des soirées et des week-ends. Mais j’entends continuer sur cette base participative avec les 8 élus encore présents à mes côtés y compris les trois élus de l’opposition.

En ce qui concerne les accusations de manque de transparence et d’écoute, Thierry Rambaud prend l’exemple du dossier de la rue Château Musset.

L’information avait été donnée en conseil municipal que la rue Chateau Musset allait être mise en sens unique permanent et non plus aux heures d’entrée et de sortie des écoles. Il se trouve que quand j’ai pris l’arrêté municipal de mise à sens unique permanent, l’un de nos commerçants est venu me voir inquiet en se disant que son activité commerciale allait s’effondrer. Effectivement, j’ai été à l’écoute du terrain et je reproche à ces gens-là de faire de la politique hors sol, de ne pas être à l’écoute. Personnellement, je suis au contact des administrés. J’ai expliqué les choses en disant qu’il fallait prendre une décision rapidement parce que la commande était passée pour la mise en place des panneaux et l’arrêté était lancé, il fallait donc faire avancer ce dossier, sinon le timing ne collait pas.

Sur les problèmes de communication avec son équipe, Thierry Rambaud contre-attaque et expose ses arguments. D’après lui, les raisons de ce désaveu d’une partie de son équipe sont une question « d’égo, d’orgueil ».

Je pense que la ligne directrice de mes ex-adjointes était de régenter sans en assumer les responsabilités (…) Si ces gens-là composent une liste en vue des prochaines élections, je serais bien curieux de savoir qui va prendre la tête de cette liste et qui lèvera le doigt pour devenir maire parce que sauf à chercher un homme de paille ou une femme de paille très franchement je ne vois pas; », ajoute le maire.

Une expression pleine de sens qui illustrerait les attentes de ses deux ex-ajointes sur sa position de maire et sa politique. « Hors le maire est quand même celui in fine qui a les responsabilités ».

Après je suis d’accord avec l’utilité de l’échange participatif, mais combien de fois j’ai adressé des mails à l’équipe qui restait sans réponse ou avec des réponses très peu argumentées. Alors le participatif, il a bon dos, mais il a aussi ses limites. Parfois, il faut aussi savoir être à fond dans les dossiers, assumer ses responsabilités d’élu, c’est vrai que c’est chronophage comme me l’a dit un démissionnaire, c’est une implication de tous les instants, mais il ne faut pas avoir peu d’y aller », précise-t-il.

Cette situation est donc le fruit de la guerre ouverte entre deux camps au sein de la municipalité. Celui de Soniax Teixido et de Monique Chaillet-Cousson contre celui de Thierry Rambaud. Entre eux, tout avait pourtant bien commencé. Mais une fois ce dernier aux manettes de la ville, les relations se sont donc rapidement tendus.

L’un de mes premiers soutiens lors du conseil municipal houleux du 29 juin pendant lequel mon ex-troisième adjoint s’est amplement exprimé a été un des élus de l’opposition.Il a bien rappelé que le patron est le maire, le chef du personnel, c’est le maire, les élus ont des responsabilités différentes selon leur statut (maire, conseiller, adjoint, conseiller délégué) », argumente Thierry Rambaud.

Sonia Teixido, qui reproche au maire de ne pas l’avoir assez souvent consulté elle et les autres conseillers sur certains dossiers, fait surtout état de leur désaccord sur la gestion de la cité, et aujourd’hui, tout est prétexte aux deux partis pour se décocher des flèches.

Je pense aussi que parmi ces élus démissionnaires, déserteurs, il y a une méconnaissance totale du statut de l’élu, des droits, devoirs et obligations de chacun. Une bonne part d’entre eux n’était pas prête à devenir conseiller municipal, ils manquaient d’expérience.

La campagne à venir, dont on ne connaît pas encore la date précise, s’annonce tendue. Peut-être un nouvel espoir pour les deux ex-adjointes qui tenteront certainement de s’unir face à leur nouvel ennemi. De son côté, Thierry Rambaud se dit prêt à continuer l’aventure et sera donc bien « en ordre de marche pour les prochaines élections municipales ».


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article, Benon, Politique, Vie des communes