Sur l’Île d’Aix, la pénurie de médecins est devenue une réalité compliquée à gérer

Mis au repos pour des raisons de santé, le médecin généraliste de l’ile d’Aix a dû chercher un remplaçant. Avec le maire, ils ont trouvé un candidat, mais l’Ordre des Médecins n’a pas voulu valider son dossier.

Sur l’Ile d’Aix, un ancien réanimateur/anesthésiste originaire du Var pourrait bientôt remplacer le docteur Laprade. (©AdobeStock/Illustration)

Après avoir lancé une annonce pour trouver un médecin remplaçant au docteur Laprade, absent pour des raisons de santé, le maire de l’Ile d’Aix, Patrick Denaud a rapidement trouvé l’homme de la situation en la personne de docteur Couliboeuf, ancien anesthésiste-réanimateur dans le Var.

Mais l’Ordre des Médecins de la Charente-Maritime n’a malheureusement pas été du même avis. Pourtant, Bruno Coulibeuf a rapidement lancé les procédures techniques pour être admis remplaçant du médecin titulaire, notamment en signant un contrat de remplacement, validé par l’Agence régionale de santé Aquitaine et la CPAM (Caisse primaire d’assurance maladie) de Charente-Maritime,

Incompréhension totale

Au début du mois de juillet, docteur Laprade, médecin généraliste sur l’Ile d’Aix, apprend qu’il doit se mettre au repos pendant deux mois et demi pour des problèmes oculaires. Alors, très vite, le maire de l’Ile d’Aix se lance à la recherche d’un remplaçant.

Quelques jours plus tard, un candidat répond à l’annonce du maire et se dit prêt à venir sur l’ile. Mais après validation de son profil administratif auprès de l’ARS et la CPAM, la situation prend une tout autre direction.

On a lancé à procédure administrative avec Dr Couliboeuf. Il y a souvent beaucoup de choses à remplir et envoyer de ce côté-là. Ensuite, je l’ai invité à venir, il a contacté le médecin qu’il devait remplacer puisque l’ARS m’avait donné le feu vert, ils se sont mis d’accord sur les papiers au niveau du remplacement, il est arrivée sur l’Ile et là catastrophe, le Conseil de l’Ordre – ou du désordre – a mis son véto parce qu’il n’est pas médecin généraliste. Il y a longtemps, il a déjà été, mais aujourd’hui c’est devenu une spécialité donc on ne peut pas exercer si on n’est pas généraliste, explique Patrick Denaud, maire de l’ile d’Aix.

Malgré une pénurie de plus en plus forte, l’Ordre des médecins semble donc vouloir fermer les yeux sur certaines problématiques.

J’ai donc essayé de prendre contact avec le Conseil de l’Ordre, j’ai tenté d’avoir un rendez-vous téléphonique avec le président, mais il ne m’a jamais rappelé, on en est donc resté là. J’ai donc fait un peu d’abatage médiatique et puis j’ai repris contact avec l’ARS pour trouver une solution. Aujourd’hui, on n’en a peut-être trouvé une. Elle est en phase d’être trouvée. J’attends une réponse, mais à priori ça devrait fonctionner, espère le maire.

Autrement dit, la municipalité a dû puiser dans ses réserves pour trouver une solution convaincante. Et pour cela, une seule possibilité s’offre à elle. Le médecin doit être salarié de l’hôpital de Rochefort pour être détaché sur l’Ile d’Aix.

Cette personne qui était donc prétendument incompétente pour le Conseil de l’Ordre va subitement le devenir puisque le conseil n’a rien à dire dans ce cas de figure », s’indigne Patrick Denaud.

Il faut dire que la situation est plus que préoccupante. « Sur l’Ile, on a depuis 10 jours un médecin qui ne peut pas exercer alors qu’ on a environ 2500 personnes à temps complet, en résidence secondaire et entre 2000 et 4000 personnes voir 6000 parfois qui passent par jour…C’est pour ça que c’est important d’avoir un médecin, surtout avec cette expérience de réanimateur » ajoute l’élu.

Aujourd’hui, le problème n’est pas totalement réglé, mais « les choses devraient bouger dans les prochains jours. »

Il y avait un problème d’assurance, mais l’ARS est entrain de le régler. Le médecin va donc a priori pouvoir exercer. On a 90 % de chance. On peut donc imaginer que mercredi prochain le médecin puisse prendre son poste. Du moins, on l’espère ! « , ajoute-t-il.

Depuis 2017, les fractures au sein du secteur de la santé ne cessent de se creuser. La densité médicale par département, soit le nombre de médecins généralistes (libéraux exclusifs et exercice mixte) par rapport à la population, a diminué en moyenne de 1 % par an en France sur cette période.

« C’est ridicule et absurde tout ça ! »

En France, les trois quarts des 100 départements français voient leur situation se dégrader. Seuls dix-sept se trouvent en stagnation, huit en amélioration. Et de son côté, l’Ordre des médecins semble vouloir compliquer la situation en s’opposant à certains dossiers comme en Bourgogne.

J’ai eu un maire en Bourgogne suite à mes propos relayés dans la presse et il avait exactement le même problème. J’ai donc quand même écrit au ministre pour signaler cette anomalie administrative et il va faire de même. Je veux bien que le Conseil de l’Ordre ait des règles et c’est normal, mais on fait du sur mesure, pas du prêt-à-porter. C’est ridicule et absurde tout ça ! », s’agace le maire.

Originaire du Var, le docteur Couliboeuf a également reçu un refus du Conseil de l’Ordre des médecins du Var. Un choix surprenant qui n’est pas vraiment adapté au contexte actuel. Beaucoup de praticiens arrivent aujourd’hui à l’âge de la retraite et les nouvelles générations ne sont pas assez nombreuses pour compenser ces départs.

Ce phénomène est notamment dû au niveau insuffisant du numerus clausus – c’est-à-dire le nombre d’étudiants en médecine accédant à la 2e année – pendant les années 1990. Alors, le choix de s’orienter ver des médecins à la retraite pour des remplacements ne seraient-ils pas judicieux et légitime ?

Par ailleurs, au-delà de son expérience, le docteur Couliboeuf a montré toute sa détermination et sa motivation. Il a multiplié les messages et envoyé tous les documents afin, justement, de limiter les retards. Il a d’ailleurs quitté sa retraite du Var et a pris ses quartiers sur l’île seulement quelques jours après le dépôt de l’annonce sur les réseaux. Affaire à suivre.


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article, Ile d'Aix, Santé, Société, Vie des communes