Présidentielle. Partie 1. Retour sur le vote des Charentais-Maritimes de 1965 à 1988

Charente-Maritime, terre de gauche ou de droite ? À seulement 4 jours du premier tour de l’élection présidentielle 2022, la rédaction d’AunisTV jette un coup d’œil dans le rétro et revient sur les 10 derniers scrutins qui ont animé la vie politique de nos concitoyens.

Le premier tour de l’élection présidentielle 20222, c’est ce dimanche 10 avril. (©Illustration/Adobe Stock)

Si la Ve République est née en plein milieu de la guerre d’Algérie, ce n’est que quatre ans plus tard, dans le contexte de crise politique de l’année 1962, marqué notamment par les accords d’Évian et l’attentat du Petit-Clamart, que le général de Gaulle décide de modifier les règles d’élection du président, pour lui conférer, avec le suffrage universel, une plus grande légitimité.

Suite à ce coup politique, il choisit de faire appel à l’article 11 de la constitution, et d’organiser un référendum : le « oui » l’emporte largement, avec plus de 62% des voix. Depuis cette réforme constitutionnelle de 1962, le président de la République est élu au suffrage universel dans un scrutin majoritaire à deux tours, selon les modalités que nous connaissons aujourd’hui.

L’élection présidentielle acquiert alors une importance sociale et médiatique capitale. Celle de 1965, qui voit la victoire du général de Gaulle, inaugure les formes de la vie politique moderne. Suivront celles de Georges Pompidou, de Valéry Giscard d’Estaing, de François Mitterrand, de Jacques Chirac, de Nicolas Sarkozy, de François Hollande et d’Emmanuel Macron.

Mais, quelle a été la position des Charentais-Maritimes pendant ces différentes élections présidentielles ? AunisTV vous apporte une réponse avec un focus sur les débuts de la Ve république en 1965 jusqu’à 1988.

1965 : un scrutin plein de surprises

En 1965, le général de Gaulle est la figure de proue de cette nouvelle élection. Mais deux candidats vont tenter de s’opposer à ce personnage incontournable de la politique française. Premier adversaire : François Mitterrand, un revenant, déclare sa candidature au scrutin du 5 décembre.

La presse est dubitative. Pourtant, Mitterrand a été à trente ans le plus jeune ministre depuis la Révolution. Il souhaite sortir de l’ombre de De Gaulle et s’affranchir d’une gauche paralysée par l’hostilité historique entre communistes et socialistes. Un pari payant ?

Un deuxième candidat émerge, le centriste Jean Lecanuet, qui défend l’idée européenne et l’alliance avec les États-Unis. À l’époque, la télévision devient le fer de lance de l’élection et deux candidatures franches s’opposent à l’aura d’un homme politique expérimenté. Pour autant, Charles de Gaulle ne tremble pas et présente sa candidature seulement trente jours avant l’élection qu’il remporte largement le 19 décembre 1965 avec près de 55% des suffrages.

En Charente-Maritime, le premier tour a largement été remporté par Charles de Gaulle avec 40,63 % des voix contre 31,76 % pour François Mitterrand et 16,35 % pour Jean Lecanuet. Le deuxième tour est plus serré entre De Gaulle et Mitterrand. Les Charentais-Maritimes élisent le général à 51,10 % des suffrages.

1969 :  l’après de Gaulle peut commencer

Dimanche 27 avril 1969. Le général de Gaulle connaît une véritable désillusion. Les Français ont répondu « non » à 52,41 % au référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation qu’il a proposé au pays. Conséquence : l’homme de l’appel du 18 juin démissionne de ses fonctions de président de la République. A cette époque, Alain Poher, le président du Sénat, assure l’intérim à l’Élysée et un gaulliste bien connu des Français se présente candidat à la présidentielle : Georges Pompidou.

Premier ministre depuis 1962, il obtient un record de longévité en restant en poste pendant 6 ans. Pompidou a le soutien des gaullistes, mais aussi de Valéry Giscard d’Estaing et d’une partie des centristes. Une alliance précieuse, à l’heure d’affronter Alain Poher, qui annonce le 12 mai, à la veille de la date limite, qu’il « accepte d’être candidat » à la présidentielle.

Le second tour se jouera entre Georges Pompidou, le candidat de l’UDR arrivé en tête conformément aux sondages, avec 44,47 % des voix et Alain Poher, deuxième, avec 23,31 %, juste devant le communiste Jacques Duclos (21,27%). Au soir du 15 juin 1969, l’ancien premier ministre de Gaulle remporte une large victoire sur son adversaire par 58,21 % contre 41,79 %.  Le 15 juin 1969, Georges Pompidou est élu avec plus de 58% des voix.

Comme les Français, les Charentais-Maritimes ont voulu tourner la page de de Gaulle, mais pas du gaullisme. En 1969, Pompidou (UDR) remporte largement le premier tour dans le département avec 42,15 % des vois contre 27,78 % pour Alain Poher (Centre démocrate)  et 19,44 % (PCF) pour Alain Duclos. Le deuxième tour sera plus délicat pour Georges Pompidou (52,71 %) contre Alain Poher (47, 29 %). En revanche, le taux d’absentéisme est historique puisqu’il est de 30, 49 % au second tour. Un record qui n’a jamais été égalé jusqu’à aujourd’hui.

1974: « Vous n’avez pas le monopole du cœur, M. Mitterrand » (VGE – débat télévisé)

1974. Georges Pompidou décède d’un cancer le 2 avril. Le président du Sénat, Alain Poher prend sa place en attendant l’organisation d’une élection présidentielle anticipée sans proposer sa candidature à la différence de l’élection de 1969. Premier candidat déclaré : le gaulliste Jacques Chaban-Delmas.

Député-maire de Bordeaux et ancien premier ministre sous Pompidou, il annonce sa candidature dès le 4 avril, jour des funérailles de l’ancien président. Valéry Giscard d’Estaing, l’ancien ministre de l’Économie et des Finances de Pompidou attendra le 8 avril  pour se déclarer candidat, suivi de près par François Mitterrand, premier secrétaire du PS. Cette année-là, la droite est divisée. Giscard sort la carte de la jeunesse et de la modernité pour rallier les centristes à sa cause. Et ça marche !

Face à lui, François Mitterrand a réussi à rassembler la gauche derrière le Programme commun de gouvernement signée dès 1972 par le Parti communiste et le Mouvement des radicaux de gauche (MRG).  Le 5 mai, au soir du premier tour, le candidat socialiste arrive très largement en tête, avec 43,25 % des voix, devant Giscard qui obtient 32,60 % et écrase le maire de Bordeaux (15,11 %). Le taux de participation au scrutin sera l’un des plus forts de l’histoire de la Ve République.

L’union de la gauche s’impose au premier tour…et pourtant, lors du second tour, les cartes semblent redistribuées entre VGE et Mitterrand. Conséquence du premier débat télévisé de l’histoire (voir vidéo ci-dessus) ? Le 19 mai, le résultat tombe et la victoire est en faveur de Valérie Giscard d’Estaing. Une courte victoire (50,81 % contre 49,19 %) qui freine une nouvelle fois François Mitterrand dans son élan.

En 1974, la Charente-Maritime se positionne pour François Mitterrand (PS) dès le premier tour avec 41,8 % des voix contre 25,55 % pour VGE (Républicains indépendants) et 23,43 % pour Jacques Chaban-Delmas. Le second tour prend lui aussi une autre tournure dans le département. Les Charentais-Maritimes votent majoritairement pour VGE 50,4 % des suffrages..

1981 : Mitterrand joue « Cartes sur table »

Cette élection met de nouveau face à face deux candidats qui s’étaient affrontés en 1974 : François Mitterrand et le président sortant, Valéry Giscard d’Estaing. L’union de la gauche a volé en éclats à l’automne 1977. Les partis de gauche sont défaits aux élections législatives de mars 1978. Au Parti socialiste (PS), François Mitterrand est fortement contesté par Michel Rocard qui déclare ses ambitions présidentielles. En vain, car le PS fait de François Mitterrand son candidat pour la troisième fois consécutive

À droite, Valéry Giscard d’Estaing termine son premier mandat, mais sa majorité parlementaire est fragilisée. Le Rassemblement pour la République (RPR), derrière Jacques Chirac, se montre de plus en plus critique à l’égard de la politique économique et européenne suivie par le Président et son Premier ministre, Raymond Barre depuis que Jacques Chirac a claqué la porte de Matignon en 1976. Battu de justesse sept ans plus tôt, Mitterrand pense donc à sa revanche et compte bien profiter de la bataille entre gaullistes et giscardiens pour se frayer un chemin jusqu’au second tour.

Toutefois, le challenger Mitterrand fait le pari audacieux d’entrer dans l’arène le dernier. Le 24 janvier 1981 à Créteil, il présente même les 110 propositions de son programme devant le congrès socialiste qui a plébiscité sa candidature. Quelques changements s’opèrent : le nombre d’élus devant parrainer les candidats passe de 100 à 500 et la liste des parrains est rendue publique. Mitterrand surfe sur cette vague novatrice et pour la première fois un Président de gauche est élu (51,8%). Un mois plus tard, le PS obtient la majorité absolue à l’Assemblée nationale.

Lors de l’élection présidentielle de 1981, la Charente-Maritime réserve quelques surprises. Giscard arrive en première place au premier tour avec 26,35 % des voix talonné par Mitterand (24,42 %) et Chirac (16,37 %). Au second tour, retournement de situation. Les Charentais-Maritimes font majoritairement le choix de voter pour François Mitterrand avec 53,31 % des suffrages. L’alternance politique est complète et la défaite de Valéry Giscard d’Estaing redonne aux gaullistes et particulièrement à Jacques Chirac le leadership de l’opposition.

1988 : « Génération Mitterrand »

1988. Après deux ans de cohabitation entre le président Mitterrand et son Premier ministre Jacques Chirac, l’homme fort du RPR, les deux hommes se lancent une nouvelle fois dans la course à la présidentielle. Affaibli par la cohabitation et l’impopularité de ses réformes, le président sortant tente d’inverser la courbe des sondages.

Après quelques semaines de suspense, « Jupiter » annonce sa candidature le 22 mars 1988, soit trente-quatre jours seulement avant le premier tour de la présidentielle. La campagne est enfin lancée à gauche. Le publicitaire Jacques Séguéla crée un nouveau slogan : « Génération Mitterrand ». De son côté, le Premier ministre défend son bilan et montre la voie à d’autres candidats comme Raymond Barre (UDF) qui fait campagne pour « l’État impartial ».

Au soir du premier tour, Mitterrand est en tête (34,1 %)  devant Jacques Chirac, maire de Paris (19,9 %) et Raymond Barre (16,54 %).Le Front national de Jean-Marie Le Pen crée aussi la surprise en atteignant 14,39 % des suffrages.  Deux semaines plus tard, François Mitterrand sera confortablement réélu président de la République pour un second mandat, le 8 mai 1988, avec 54,02 % des voix.

Dans le département, François Mitterrand est arrivé en tête dès le premier tour avec 36,43 % des voix contre 36,43 % pour Chirac et 18,08 % pour Barre. Le second est devenu une formalité pour le PS. Le président rempile pour un second septennat avec 54,39 % des votes en Charente-Maritime.

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