La Rochelle. Une clinique planche sur une nouvelle technique de reconstruction mammaire

Après une ablation du sein, plusieurs techniques de reconstruction mammaire sont possibles comme la méthode par lambeau Diep utilisée à la clinique de l’Atlantique de Puilboreau. 

Dr Yasmine Bennis, chirurgienne-plasticienne, est spécialisée dans la reconstruction mammaire par la méthode Diep. (©YasmineBennis)

Tous les ans en France, environ 58 500 nouveaux cas de cancer du sein sont diagnostiqués, chez des femmes généralement âgées de plus de 40 ans. Et chaque année, 20 000 Françaises doivent subir une mastectomie, soit presque 25% d’entre elles.

S’il existe plusieurs traitements de reconstruction mammaire, en octobre 2021, les chirurgiens de la Clinique de l’Atlantique, située à Puilboreau, établissement du groupe Ramsay Santé, le leader de l’hospitalisation privée et des soins primaires, se sont essayés à une nouvelle technique : la méthode par lambeau Diep. Une première régionale. 

Réalisée par des chirurgiens plasticiens spécialisés, cette technique de reconstruction consiste à remodeler le sein de la patiente avec ses propres tissus, sans impacter les muscles environnants. Mais, quelle est la différence avec les méthodes plus traditionnelles ? Quels sont les avantages de la reconstruction mammaire par lambeau Diep ?

Retour avec Dr Yasmine Bennis, chirurgienne plastique et esthétique à Puilboreau, sur cette méthode révolutionnaire qui pourrait permettre aux femmes atteintes d’un cancer du sein, victime d’une ablation, de mieux appréhender la reconstruction mammaire. Interview.

AunisTV. Depuis combien de temps la méthode Diep existe-t-elle en France ?

Dr Yasmine Bennis. Elle existe depuis environ 40 ans. Après la technique générale, celle qui permet de faire des lambeaux microchirurgicaux, c’est-à-dire prendre un morceau de tissu avec ses vaisseaux pour aller le transférer dans un autre endroit du corps qu’on veut reconstruire, ce sont des techniques bien plus anciennes. Mais, le gros essor des lambeaux chirurgicaux se passe dans les années 80-90.

Quelle est la différence avec les méthodes dites « traditionnelles » ?

Parmi les techniques de reconstruction mammaire, les lambeaux microchirurgicaux permettent d’avoir le résultat le plus naturel et le plus pérenne dans le temps puisqu’on va vraiment utiliser les tissus de la patiente pour reconstruire son sein. Par exemple, on va opposer cette technique à la reconstruction par prothèse mammaire qui reste un corps étranger. La prothèse peut être palpable et donner une forme artificielle au sein.

Alors, bien évidemment, quand on n’a pas d’autres choix, cette technique est très bien, mais si la patiente peut s’orienter vers la reconstruction microchirurgicale, il est préférable de choisir cette option. L’objectif est de proposer à la patiente une reconstruction mammaire avec ses propres tissus, sa propre graisse et/ou sa propre peau pour avoir un résultat plus vrai que nature.

Quelles patientes peuvent en bénéficier ?

La patiente doit avoir eu une ablation totale du sein et une indication à le reconstruire. Après, en pratique, on a deux grandes situations. Soit la patiente a déjà été traitée d’un cancer du sein, on lui  a retiré tout le sein et elle souhaite réaliser une reconstruction secondaire ou reprendre sa première reconstruction parce qu’elle ne lui plaît plus ou le résultat s’est dégradé avec les années.

Il y a aussi un autre cas de figure dans lequel elle ressent peut-être des douleurs à cause de la prothèse. Dans ce cas, on parle de reconstruction secondaire. C’est les cas que j’ai le plus fréquemment à la clinique.

Soit la patiente vient juste d’être diagnostiquée d’un cancer du sein et le chirurgien lui propose de faire, lors de la même intervention, l’ablation du sein pour traiter son cancer et sa reconstruction. Cette technique est plus compliquée à réaliser, plus souvent réalisée dans de grands centres hospitaliers où là des équipes travaillent ensemble sur le sujet. On appelle ça la reconstruction mammaire immédiate.

Qu’est-ce qui fait qu’on va se diriger vers une reconstruction par lambeaux de Diep ou par prothèse ?

Comment on décide ? Pour cela, il faut comprendre la définition d’un lambeau. C’est un morceau de peau, de graisse, de muscle, autrement dit de tissu de la patiente, qu’on va prélever à un endroit du corps avec de tout petits vaisseaux. On va transférer ce morceau de peau à un autre endroit du corps, comme une greffe d’organe, pour réaliser la reconstruction.

Pour le lambeau de Diep, on va prendre la peau en trop au niveau du ventre, entre le nombril et le pubis. Il faut donc que la patiente ait un minimum de ventre. Généralement, je dis à la patiente de s’asseoir, si quand elle s’assoit, elle a un petit bourrelet de peau qui se forme, qu’on arrive à pincer entre ses deux mains et que ça fait la forme du sein, c’est bon signe !

A priori, on va avoir un lambeau de Dieppe ! Il y a également d’autres critères médicaux qui doivent être pris en compte comme l’état général de la patiente ou l’avancée de la rémission de son cancer puis on va réaliser des examens d’imageries spécialisées pour voir si je peux lui proposer cette méthode.

Depuis combien de temps la Clinique de l’Atlantique propose-t-elle cette technique ?

La première reconstruction mammaire par lambeau de Diep a été réalisée le 8 octobre 2021, c’était une première dans la région, mais on travaille sur ce projet depuis début 2021. J’ai déjà soigné 3 patientes grâce à cette technique dont une dame qui a eu un cancer du sein bilatéral synchrone sur les deux seins.

Une intervention assez difficile à organiser…Elles prennent du temps au bloc opératoire et la patiente a besoin de faire tout un bilan avant de pouvoir programmer l’intervention. C’est pour cette raison que ce n’est pas une intervention qu’on va pouvoir faire tous les jours. Personnellement, mon objectif est de réussir à faire une reconstruction par mois.

De plus, aujourd’hui, le pôle de la Clinique est le seul à pratiquer cette méthode à 150 km à la ronde. Toutefois, il existe d’autres pôles de reconstruction en France. Il y a Nantes, Poitiers ou encore Bordeaux.

L’avantage n’est donc pas seulement esthétique…

Ah non ! Il est avant tout fonctionnel contrairement aux prothèses qui peuvent durcir, faire mal et gêner la patiente. Autrement dit, mal vieillir. Une prothèse mammaire, on ne peut pas la garder 30 ou 40 ans. Au bout d’un moment, il va falloir la changer. De toute façon, une patiente qui a eu une reconstruction mammaire avec une prothèse sait que dans 10-20 ans, elle devra changer sa prothèse.

Justement, quels sont les avantages de la reconstruction mammaire par lambeau Diep ?

La reconstruction par lambeau est différente. Une fois la reconstruction terminée, on en parle plus. Il n’y aura pas de nouvelles interventions. Le lambeau va vieillir avec elle comment tout le reste de sa peau. Elle peut vraiment passer à autre chose.

Et ça, c’est vraiment une notion importante dans le traitement du cancer du sein parce que les patientes sont encore sous le choc, elles ont eu le traitement de leur cancer, leur reconstruction donc quand elles viennent pour se faire réopérer, il y a beaucoup d’émotions et ce n’est pas forcément un moment très agréable pour elle, donc de leur dire qu’avec la méthode Dieppe, après l’opération, c’est terminé, on en parle plus, c’est vraiment un argument majeur pour les patientes qui prennent la décision de le faire.

Comment se déroule la prise en charge ?

Si une patiente vient pour une reconstruction mammaire, elle va avoir au minimum deux consultations chirurgicales. Elles permettent de vérifier son état de santé, vérifier son état de rémission, récupérer les analyses et surtout de laisser le temps à la patiente de réfléchir à son projet. C’est à elle de décider !

Je propose souvent plusieurs options et la patiente fait son choix. Ensuite, la première intervention du lambeau de Diep va apporter la forme et le volume du sein. Elle a après une deuxième et une troisième intervention pour finir totalement la reconstruction, et notamment reconstruire le mamelon et l’aréole.

En tout, un projet de reconstruction s’étale sur 6 à 9 mois. La patiente doit donc s’organiser professionnellement, avec sa famille, et surtout être prête ! Après, j’ai la chance d’accueillir des patientes qui n’ont plus leur cancer du sein. Ces femmes viennent pour elles, se sentir mieux, reprendre leur reconstruction mammaire et  retrouver leur intégrité.

Et le jour J, quelle est la durée d’hospitalisation ?

Le jour de l’opération, l’intervention est réalisée sous anesthésie générale. Elle rentre le jour même à la clinique à jeun et l’intervention dure entre 4 et 6 heures. Elle est toujours réalisée avec 2 chirurgiens. Quand la patiente se réveille, elle a une gaine au niveau abdominal pour maintenir son ventre, sa peau et ses muscles le temps de la cicatrisation.

Cette gaine sera portée pendant six semaines. Elle aura éventuellement des petits drains de Redon au niveau du sein opéré qu’on enlève au bout de 1 à deux jours. Suite à cela, la première nuit est la plus importante. On va surveiller la vitalité du lambeau pour savoir si la greffe a bien fonctionné.

Le lendemain, la patiente peut commencer à récupérer et à reprendre doucement son rythme de vie. La récupération pour les activités quotidiennes se fait relativement vite. Généralement, en 3 à 5 jours, elle reprend son autonomie. Elle sort à peu près à ce moment-là de la clinique. Elle est ensuite en convalescence pour une période de 3 à 4 semaines.

Pendant cette convalescence, elle va avoir des pansements jusqu’à ce qu’elle soit totalement cicatrisée, soit environ 15 jours. Personnellement, je suis régulièrement en consultation pour vérifier si la cicatrisation se passe bien. Je travaille d’ailleurs avec un cabinet d’infirmières coordinatrices sur La Rochelle qui me donne des nouvelles tous les jours de ces patientes. On assure vraiment un suivi.

Cette méthode a-t-elle eu tendance à se démocratiser ces dernières années ?

Comme toutes les techniques chirurgicales, il y a eu beaucoup d’évolution. Les chirurgiens ont maintenant du recul sur ces interventions. J’ai travaillé dans un centre expert pendant deux ans à Gustave Roussy (centre régional de lutte contre le cancer basé à Villejuif) où je n’ai fait que ça. J’ai acquis un statut d’expert en reconstruction mammaire par lambeau de Diep.

J’ai donc une façon de faire très protocolaire, ça m’a permis de simplifier mes prises en charge même si l’opération reste compliquée. Avant ce genre d’intervention se faisait seulement dans de grands centres parce que les techniques d’anesthésie ne permettaient pas de le faire en clinique, il n’y avait pas assez de chirurgiens formés à ces techniques contrairement à la nouvelle génération de chirurgiens-plasticiens qui maîtrisent complètement ce type d’intervention.

Octobre Rose a eu un rôle à jouer dans cette mise en lumière de la pratique ?

Sans doute ! Les médecins généralistes, les chirurgiens sénologues et gynécologues connaissent maintenant cette technique. Ils peuvent donc mieux informer leurs patientes sur cette possibilité. On a bien avancé sur l’image de ce type d’intervention et de prise en charge.

Il y a beaucoup de patientes qui ont gardé une image assez négative de la reconstruction mammaire. En France, seulement 30 % d’entre elles ont subi une mastectomie totale, c’est-à-dire une chirurgie d’ablation totale du sein, qui ont eu une reconstruction. Une femme sur trois seulement est reconstruite. Et les raisons sont connues de tous…

Il y a donc encore du travail à faire…

Bien sûr, il y a encore un manque d’informations à ce sujet. Les patientes n’ont pas accès à la totalité de l’offre de soin. Elles ont souvent des images dans la tête de reconstructions qui font mal avec des prothèses qui sortent du sein, des résultats esthétiques peu satisfaisants. Les patientes se disent clairement : « ça ne vaut pas la peine ! » ou « ce n’est pas possible de faire mieux ! ».

Du coup, on a encore besoin d’informer les patientes et les médecins pour que cette technique soit reconnue et mise en avant. Aujourd’hui, on a la possibilité de proposer des techniques à la pointe. Elles permettent d’avoir des résultats qui sont vraiment très satisfaisants.


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article, Puilboreau, Santé, Vie des communes