La Rochelle. « Notre ennemi, ce n’est ni le virus, ni la bactérie, ni le requin, c’est l’humain ! »

Présent au Forum des territoires positifs à La Rochelle, le biologiste Gilles Bœuf s’est confié sur l’état actuel de nos cotes et de l’environnement dans un contexte où le poids des grandes villes bouscule la géologie. Et sans langue de bois.

Cet article est accompagné d’un reportage vidéo.

Les océans sont emblématiques des changements environnementaux, bien que ces milieux soient encore mal connus. (©LudovicSarrazin)

Ancien président du Muséum national d’histoire naturelle, Gilles Bœuf est un éminent personnage sur le plan international sur l’histoire du climat et de l’environnement.

Engagé depuis plusieurs années dans cette voie, il était présent ce mardi 20 septembre au Forum des territoires positifs pour tenir une conférence sur la préservation de la nature « pour sauvegarder l’humanité ».

Voir le reportage vidéo.

Pour lui et ses collègues climatologues, la Terre souffre et les solutions pour redonner sa place au climat passent par les océans. Ils représentent près de 80 % de la surface du globe. Un premier constat qui s’ajoute à celui fait, il y a déjà 20 ans, sur le réchauffement climatique.

« Le climat, lui, change trop vite »

Sur la question du climat, une problématique bouscule énormément Gilles Bœuf et ses collègues climatologues : le réchauffement climatique.

Il y a 20 ans, on avait prévu une montée des températures à l’horizon 2040 et ce phénomène s’est produit en 2022. Le 19 juillet dernier, on a relevé une température de 40 degrés à Bordeaux et de 39 degrés à Brest. Ca va beaucoup trop vite ! Et cela a des impacts évidents sur l’activité humaine. D’abord, médical et physiologique », dénonce Gilles Bœuf, également professeur à l’université Pierre-et-Marie-Curie.

Cette montée des températures peut être comparable à la vague enregistrée en 2003 puisqu’elle avait engendré la mort de 18 000 personnes. Mais cette année, Gilles Boeuf l’affirme : « C’est différent ! »

A chaque vague, 3 000 personnes ont perdu la vie. « C’est moins qu’en 2003 parce qu’on s’y était un peu préparé. On a refroidi les gens dans les EHPAD. Il y a eu des grands progrès, mais physiologiquement, l’humain est tout de même infecté », rappelle le biologiste.

Pour lui, il faut donc tirer la sonnette d’alarme. Les activités économiques, à commencer par l’agriculture, sont d’ailleurs très concernées par ces problématiques. Mais il y a-t-il une issu à la préservation de nos cotes ?

Sur le littoral, tout s’est passé au niveau de l’évolution du vivant quand on regarde l’histoire de la biologie et de l’humanité, on est très lié à ce littoral. L’un des gros problèmes, c’est l’abondance qui a été concentrée sur ce littoral », ajoute Gilles Bœuf.

Aujourd’hui, plus de la moitié des humaines vivent au bord de la mer ou pas très loin. Peu de grandes villes se trouvent éloignées du littoral. Leur poids bouscule la géologie. Conséquence : les villes s’enfoncent petit à petit pour disparaître, « mise à part au Groenland où le niveau de la mer descend », précise l’ancien président du muséum à Paris.

Les océans sont ainsi emblématiques des changements environnementaux, bien que ces milieux soient encore mal connus. Alors, si une grande partie est vouée à disparition, elle serait une grande perte pour l’Homme, ne serait-ce que pour les apports potentiels dans le domaine de la santé.

 L’importance du vivant

Les écosystèmes littoraux sont notamment menacés par l’avancée de l’Homme sur la mer, la pollution des côtes et le sable utilisé pour la construction. La pollution menace l’ensemble des écosystèmes, que cela soit à cause d’une absence d’épuration des eaux ou à cause de la pollution causée par les macrodéchets et les microfragments de plastiques.

La surpêche vide également les océans et va chercher les poissons dans les profondeurs de plus en plus reculées. Toutes ses pratiques, liées à l’humain, provoquent une pollution de notre environnement et fragilisent la biodiversité.

Pourquoi l’océan est menacé ? Parce qu’on a détruit le littoral. On contamine, on pollue avec du plastique, des métaux lourds ou encore les perturbateurs endocriniens qui changent la physiologie des espèces », se questionne-t-il.

Océanographe, spécialiste de physiologie environnementale et de biodiversité, Gilles Bœuf a mené plus de 150 missions à l’étranger et présenté des centaines de conférences sur la biodiversité, l’adaptation au milieu, le rôle de l’eau dans le vivant. Il connaît donc parfaitement son sujet.

Dans les années 60, on a quand même balancé des déchets nucléaires au large de Brest dans des sarcophages de béton qui sont aujourd’hui entrain de se disloquer », alerte-t-il.

Face à un dérèglement climatique, de plus en plus prégnant, le biologiste Gilles Bœuf rappelle que la ville de La Rochelle ne fait pas exception et est aussi concernée par ces problématiques notamment celle de la pollution marine et de la montée des eaux.

A La Rochelle, le véritable problème, c’est le surtourisme ! C’est aux locaux de gérer ce qu’ils peuvent accepter sinon on va détruire l’intérêt et l’attrait de cette région », ajoute Gille Bœuf.

En effet, les problématiques sont nombreuses, face à une population en constant accroissement, l’artificialisation des sols, la destruction des écosystèmes, la dissémination des espèces et la surreprésentation des animaux d’élevage, on assiste à un effondrement progressif de la biodiversité.

Notre ennemi, ce n’est ni le virus, ni la bactérie, ni le requin (en référence à l’attaque en Nouvelle-Calédonie), c’est l’humain ! On ne prend pas cela en considération puisqu’on a oublié qu’on est vivant » Gilles Bœuf.

Malgré ses productions diverses, la biodiversité rochelaise reste, néanmoins, en proie à une grande fragilité. Alors, Gille Bœuf a alerté sur l’importance du partage des avantages.

N’oublions pas que la trilogie Etats-Unis, Chine et Russie nous disent :  » Légiférer si vous voulez, mais nous avons les moyens militaires d’aller chercher ce qu’il nous faut (…) Même les Traité sur l’Antarctique ne sont pas respectés et risque de disparaître. Alors, si l’on veut sauver la biodiversité, il faut plutôt coopérer avec l’ensemble du vivant, nous débarrasser de notre arrogance. « , souligne-t-il.

Pour obtenir des résultats, il est certain qu’il ne faut pas faire la politique de l’autruche. « Plus on attendra pour préserver l’environnement et réduire notre impact sur le vivant et le climat plus la facture sera onéreuse. « Le climat change trop vite ».


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Ecologie Environnement, La Rochelle, Vie des communes