La Rochelle. Le bateau Manta, un géant des mers contre la pollution

En 2022, le Bureau Veritas, leader dans la classification des navires, a décerné la certification “Approval In Principle” au projet du bateau Manta porté par Sea Cleaners.

Le bateau Manta (@The Sea Cleaners association)
Le bateau Manta. (@The Sea Cleaners association)

Avec son projet du bateau Manta, l’association The SeaCleaners souhaite contribuer encore plus à la dépollution plastique des océans. Mais, quel est ce projet ? Le Manta, c’est un bateau-usine unique en son genre !

Bientôt en construction, il aura pour mission de collecter, traiter et valoriser les macrodéchets plastiques en grande quantité, dans les zones de fortes concentrations que sont les embouchures des grands fleuves, les estuaires et le long des côtes. Présentation.

Une solution concrète contre la pollution

Cette ONG a été fondée par le navigateur franco-suisse Yvan Bourgnon. Au terme d’une carrière épique dans le monde de la navigation, le globe-trotteur a décidé de s’investir dans la dépollution des océans et des fleuves en créant The SeaCleaners qui va lancer la mise en chantier du Manta, un bateau de dépollution des mers, des estuaires et de côtes marines.

Pourtant, le navigateur a déjà mis à l’eau le bateau de collecte MOBULA 8 à destination des pays affectés par la pollution plastique. Mais, il a voulu voir plus grand en développant un bateau complètement autonome énergétiquement et capable de récupérer entre 5 à 10 000 tonnes de déchets par an sans revenir à quai.

Ce projet est parti d’une idée du navigateur Yvan Bourgnon. Lors de son tour du monde à la voile, il s’est rendu compte qu’il naviguait dans du plastique. Et de par son expérience, il navigue depuis son enfance, il a pu constater l’évolution de l’état des océans et des mers. À partir de là, il a décidé de faire quelque chose pour sauver les Océans », explique Kalou, une bénévole rochelaise de l’association.

Son système de collecte est à l’image du projet. Il est révolutionnaire ! Le Manta collectera les déchets à partir d’une taille de 10 mm, et jusqu’à un mètre de profondeur.

En fonction de la densité et de la proximité des nappes, il pourra collecter de 1 à 3 tonnes de déchets par heure, 20h par jour, 7 jours sur 7. Mais son objectif reste celui de récolter entre 5 et 10 000 tonnes par an.

Au niveau fonctionnel, le bateau sera équipé de tapis collecteurs acheminant les déchets à bord et de trois systèmes de collecte de surface agissant sur une envergure de ramassage de 46 mètres.

Ce bateau a été conçu à partir de l’apparence de la raie Manta. On a donc deux coques entre lesquelles le bateau va aspirer les déchets. Comme la raie Manta aspire le plancton, le bateau avale le plastique. Le but s’est donc d’aller au plus près des côtes parceque 80 % de la pollution plastique des océans provient de 10 points majeurs dans le monde, et donc l’idée est de pouvoir aller justement sur place pour récupérer le maximum de plastique », ajoute la bénévole.

Deux autres dispositifs de collecte viendront également compléter son action : deux petits bateaux collecteurs polyvalents, les Mobula, capables de ramasser les micro et macrodéchets plastiques dans les zones peu profondes ou trop étroites où le Manta ne peut aller et deux grues latérales qui extrairont de l’eau les plus gros débris flottants.

Valorisation les déchets

90% des déchets collectés seront gérés en mer. Le Manta sera ainsi le premier bateau de travail autonome capable de gérer 90 à 95% des déchets plastiques collectés en mer.

Ce système fonctionnera grâce à une solution novatrice et vertueuse sur le plan environnemental qui comprendra une unité de tri où les déchets sont séparés manuellement par des opérateurs, suivant leur nature, et conditionnés pour augmenter leur efficacité énergétique.

Le système de récupération des déchets est équipé de tapis roulants qui vont récupérer les déchets en surface à faible vitesse pour laisser le temps à la faune marine de s’écarter. À bord, il y aura aussi des personnes qui vont trier manuellement les déchets donc si une algue ou encore une méduse est récupérée, elle sera directement remise à l’eau », assure Kalou.

Et une unité de valorisation énergétique des déchets qui convertit les déchets collectés en électricité et alimente l’ensemble des équipements électriques du Manta. Ce système respectueux de l’environnement ne rejettera que très peu de CO2 et très peu d’émissions polluantes dans l’air.

Ainsi, rien ne sera gaspillé. Tout ce qui sera collecté sera converti en composant utile, selon les principes de l’économie circulaire. La priorité du Manta est la conversion des déchets en énergie plutôt que leur stockage, qui augmente le poids et la consommation d’énergie du navire.

La capacité de stockage des déchets plastiques sera de 140 m3 (environ 50 tonnes) auxquels s’ajoutera un conteneur de 33 m3 pour les filets dérivants et un conteneur de 33 m3 pour les déchets dangereux.

De plus, les rares déchets qui ne seront pas transformés en énergie seront confiés à des unités locales de traitement ou de recyclage des déchets lors des escales.

Une autosuffisance énergétique

L’objectif du Manta sera d’atteindre 50 à 75% d’autosuffisance énergétique pour devenir le premier bateau de travail disposant d’une capacité aussi importante puisque le Manta pourra fonctionner 50 à 75% du temps sans utiliser d’énergie fossile.

Tout ce qui sera recyclable sera compacté et gardé pour l’emmener dans des usines capables de recycler. Tout le reste sera envoyé dans les unités de pyrolyse – décomposition chimique d’un composé organique par une augmentation importante de sa température – pour permettre d’alimenter le bateau en énergie et de le rendre opérationnel puisqu’il a été conçu pour fonctionner 300 jours par an », précise-t-elle.

Cette autonomie confère également au bateau un rayon d’action quasi illimité, qui lui permettra de se déplacer rapidement vers ses zones d’intervention partout dans le monde : les embouchures et estuaires des grands fleuves, là où les nappes de déchets sont concentrées, et les zones frappées par une catastrophe climatique et/ou naturelle.

Grâce à ses technologies embarquées de navigation propre, le Manta sera un modèle de « green ship » et « smart ship ». Alors, certes, Sea Cleaners n’aura pas attendu ce navire pour commencer à se mobiliser contre la pollution marine toutefois ce nouvel outil pourrait être un premier pas vers un monde meilleur.


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article, Ecologie Environnement, La Rochelle, Vie des communes