Marans. « Trois degrés c’est le prix de la vie de mon fils ? »

Marie-Aurélie Béghin, dont le fils Louis-Ray est décédé par noyade dans la piscine municipale de Marans en juillet 2021, lance une pétition pour sécuriser les bassins publics.

 La-piscine-de-Marans-ou-Louis-Ray-a-perdu-la-vie-le-31-juillet-2021
La piscine de Marans où Louis-Ray a perdu la vie le 31 juillet 2021. (©Ludovic Sarrazin).

Trois degrés, c’est l’écart de température entre l’air extérieur et l’eau conservée par les fameuses mousses thermiques qui la nuit recouvrent les grands bains des piscines publiques quelles soient municipales ou rattachées à des collectivités publiques comme celle de la ville de Marans.

Mais c’est aussi un véritable piège mortel, lorsque certains nageurs s’y aventurent la nuit en bravant l’interdit. Tout le monde en convient, y compris la fédération des professionnels de la piscine (FFP) qui a déjà tenté de les faire interdire, mais c’était heurté à l’Europe.

Braver l’interdit, c’est ce qu’à fait Louis-Ray le 31 juillet 2021 à Marans en compagnie d’une bande de potes après avoir escaladé un portillon d’accès  à la piscine de Marans. Le jeune majeur qui s’était glissé sous la bâche n’avait aucune chance de s’en tirer, tant le poids de celle-ci est important.

Marie-Aurélie Béghin reconnaît la responsabilité de son fils. Elle pense néanmoins que celle-ci est partagée, même si le parquet de La Rochelle a classé le dossier sans suite fin octobre 2021. Un an après le drame, alors que la piscine de Marans vient de rouvrir, le questionnement reste présent dans l’esprit de cette mère  qui souhaite que les choses bougent.

Des témoignages controversés

De son côté, le maire de Marans, Jean-Marie Bodin, élu en 2020 assure, « c’est la première fois qu’une intrusion à lieu à ma connaissance la nuit sur le site ». Un ancien agent des services technique de la ville témoigne, « je vis dans un camping-car. On m’a dit d’aller m’installer dans le camping qui est mitoyen de la piscine à partir de la mi-juillet 2021. La nuit en promenant mes chiens, je me suis rendu compte à plusieurs reprises que des gens se baignaient dans la piscine. Je suis allé prévenir le directeur général des services de la mairie ».

Celui-ci atteste du contraire, « c’est faux. C’est du grand n’importe quoi ». Malgré tout, d’autres témoignages tendraient à faire pencher la balance vers l’ancien agent municipal. « Nous étions déjà venus nous baigner la veille « , explique des jeunes qui accompagnaient Louis-Ray la nuit du drame.

À quelques kilomètres de Marans la ville de Courçon a également une piscine municipale. Cette dernière est souvent fréquentée la nuit selon la maire Nadia Boireau, « il ne se passe pratiquement pas un matin sans que je n’envoie un mail aux gendarmes pour leur signaler des intrusions la nuit dans la piscine ».

Il n’y a plus mousse thermique sur le grand bain de la piscine municipale

Ceux de la brigade de Marans ne nous ont pas répondu sur le nombre éventuel d’intrusions la nuit dans la piscine municipale de la ville. Jean-Marie Bodin, quelques mois après la noyade de Louis-Ray, s’était engagé à ne plus remettre la mousse thermique sur le grand bain de la piscine municipale. C’est aujourd’hui chose faite.

À Courçon par contre la mousse est toujours en place. « Notre piscine sera refaite en 2023. Nous nous sommes renseignés pour la mise en place d’un système mécanique pour recouvrir le bassin la nuit. C’est techniquement impossible et ce serait beaucoup trop cher. Nous avons fait le choix de conserver la mousse, afin de ne pas trop perdre en température », poursuit Nadia Boireau.

Ce qui fait bondir Marie-Aurélie Béghin, « trois degrés, c’est le prix de la vie de mon fils ? » Alors quelle solution, pour sécuriser au mieux ces piscines publiques qui ne sont pas soumises aux mêmes obligations que celles des particuliers ?

La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) indique : selon le code de la construction et de l’habitation, toute piscine enterrée non close privative à usage individuel doit être pourvue d’au moins un des quatre dispositifs de sécurité normalisés visant à prévenir le risque de noyade : abri, alarme, barrière ou couverture. Le non-respect de cette loi entraînant jusqu’à 45 000 euros d’amende, associé à 3 ans d’emprisonnement en cas d’accident, même dans le cas d’une intrusion. Alors que les exigences de sécurité applicables aux piscines ouvertes au public sont les suivantes : elles doivent être surveillées constamment par du personnel qualifié titulaire d’un diplôme délivré par l’État (durant les heures d’ouverture uniquement).

Récemment la commission de sécurité, préalable à toute ouverture estivale, a donné son feu vert pour celle de Marans et de Courçon. Des modifications ont été apportées à celle de Marans notamment pour éviter les intrusions nocturnes : rehausse des murets et des grillages.

Dans les deux communes, la pose de détecteurs de présence couplés à l’allumage de projecteur est à l’étude. Le 19 octobre 2021, Jean-Marie Bodin a écrit au président de la communauté de communes Aunis Atlantique, Jean-Pierre Servant pour, « céder à titre définitif la piscine à la CdC ».  « J’ai répondu envoyez-moi des éléments. Je n’ai toujours rien reçu », précise Jean-Pierre Servant.

Un combat de vie

Nadia Boireau soutient la démarche, « nous pensions faire la même demande une fois les travaux de notre piscine terminés. Ces équipements ont vocation à devenir communautaire, comme le sont déjà les gymnases ».

Marie-Aurélie Béghin dit n’avoir que faire du débat politique local, « ça ne me ramènera pas mon fils ». De la sécurisation des piscines publiques et de la responsabilité des collectivités et municipalité, la maman de Louis-Ray a dorénavant décidé d’en faire son combat de vie.

Un gouvernement qui change, un hémicycle avec de nouvelles têtes, l’occasion pour elle d’aiguillonner le législateur afin de l’obliger à imposer la même règle à tous les propriétaires et ou gestionnaires de piscines qu’ils soient collectivités ou particuliers.

Lien vers la pétition de Marie-Aurélie Béghin: https://chng.it/2GWN7L7yYQ

Publicités


article, Marans, Société, Vie des communes